Toute la culture sénégalaise, l'expression des jeunes sénégalais, le sénégal vue en profondeur.


 
PortailAccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Contes initiatiques peuls

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
julie
.:::|| ami ||:::.
.:::|| ami ||:::.
avatar

Nombre de messages : 6903
Age : 55
Date d'inscription : 19/12/2006

MessageSujet: Contes initiatiques peuls   Mar 24 Juil 2007 - 20:02

Amadou Hampâté Bâ

Amadou Hamâté Bâ, descendant d’une famille aristocratique peule, est né au Mali en 1900.
Ecrivain, historien, ethnologue, poète et conteur, il est l’un des plus grands
spécialistes de la culture peule et des traditions africaines.
Chercheur à l’Institut français d’Afrique Noire de Dakar dès 1942, Amadou Hampâté Bâ fut l’un des premiers intellectuels africains à recueillir, transcrire et expliquer les trésors de la littérature orale traditionnelle ouest-africaine – contes, récits, fables, mythes et légendes. Ses premières
publications datent de cette période. En 1962, au Conseil exécutif de l’UNESCO, où il siégeait depuis 1960, il a attiré l’attention sur l’extrême fragilité de la culture ancestrale africaine en lançant un cri d’alarme devenu
célèbre :
« En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Outre des contes, comme Petit Bodiel et autres contes de la savane, Amadou Hampâté Bâ a également écrit des ouvrages d’Histoire, des essais religieux, comme Jésus vu par un musulman, ou Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara, ainsi que ses mémoires, Amkoullel l’enfant peul, suivi de Oui, mon commandant, publiés en France à partir de 1991.

Amadou Hampâté Bâ est mort à Abidjan en mai 1991.
Revenir en haut Aller en bas
julie
.:::|| ami ||:::.
.:::|| ami ||:::.
avatar

Nombre de messages : 6903
Age : 55
Date d'inscription : 19/12/2006

MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   Mar 24 Juil 2007 - 20:06

CONTES INITIATIQUES PEULS

Njeddo Dewal
Mère de la calamité


Conte, conte, je veux conter un conte !
Laissez-moi me coucher sur le dos et faire pantal,
Plonger dans la parole et y nager à grandes brassées.
J’y nagerai, et mes pieds battant l’eau feront puntupanta.
Ce que je m’en vais dire est plus merveilleux qu’un songe !
Pourtant, ce ne sont pas des balivernes,
C’est la langue qui fait éclater la parole !
Ce n’est pas la ruse qui actionne ma langue,
Elle tinte plus clairement que la cloche royale,
Elle montre la route mieux qu’un guide avisé.
Ma parole intéressera tous les doués d’intelligence,
Tous ceux qui méditent et réfléchissent.
Ce conte est un conte mâle.*
A l’écouter, parfois, certains en attrapent la fièvre …



* Le qualificatif « mâle » est une indication de force et de valeur. Dans un tel conte, on trouvera beaucoup d’action, de l’audace, des aventures, du courage et de lanoblesse. Les qualificatifs féminins, eux évoqueront l’amour, la pitié, latendresse et la compassion.
Revenir en haut Aller en bas
julie
.:::|| ami ||:::.
.:::|| ami ||:::.
avatar

Nombre de messages : 6903
Age : 55
Date d'inscription : 19/12/2006

MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   Mar 24 Juil 2007 - 20:59

C’est notre grand-père Bouytôring* qui, le premier, le fit conter par un crâne à son premier fils Hellêrè, et cela durant sept semaines. Voici comment il procéda.
Bouytôring se saisit de son bâton de berger, taillé dans l’arbre sacré nelbi. Ce n’était certes pas un bâton ordinaire.
Il existe trois sortes de nelbi : le nelbi de terre ferme, les nelbi des eaux et, enfin, le « nelbi-de-nulle-part » qui ne pousse ni sur la terre ni dans les
eaux. Ce nelbi mystérieux n’a besoin, pour produire, ni d’eau ni d’humus. Que l’hivernage soit bon ou mauvais, il fructifie. Celui qui tient dans sa main un bâton tiré de ce bois miraculeux prédit l’avenir sans erreur.
Dans les branches vertes du nelbi-de-nulle-part coule une sève de feu. C’est de l’une de ses branches que Guéno coupa le premier bâton de berger qu’il donna à Kîkala, le premier homme. C’est ce bâton même qui fut transmis de père en fils jusqu’à Bouytôring.
Ce dernier ce saisit donc de ce bâton miraculeux, issu d’un arbre non moins miraculeux, pour tracer sur le sol la figure d’un hexagramme ou étoile à six branches.
Puis il apporta un crâne humain, qui avait également été transmis jusqu’à lui de père en fils, et le plaça dans la case-nombril de l’hexagramme. Prenant place dans cette case avec son fils, il incanta le crâne et celui-ci se mit à parler…
Durant sept semaines, Bouytôring et son fils écoutèrent le dire du crâne, prenant place chaque semaine dans une case différente.
C’est ce dire qui fut retenu et conservé dans les mémoires. Bouytôring en fit un conte que Hellêrè recueillt et récita afin de le transmettre à sa postérité.
C’est ce récit, venu du fond des âges, qu’à mon tour je vais dérouler devant vous.
Ohé, écoutez-moi ! Je m’en vais vous conter ce que contèrent Bouytôring et Hellêrè.
Je le ferai non en mergi au rythme cadencé, mais en fulfulde maw’nde, le grand parler peul


Pardonnez-moi si je me trompe,
Si j’en oublie ou si j’en saute
Ou si ma langue devient distraite.
Pour tout dévideur,
Il faut bien qu’un jour son fil s’embrouille !
Quand ses fils s’emmêlent,
Il les coupe et les noue à nouveau.
Pardonnez-moi si ma langue se lasse ou se ramollit.

Arrow Arrow Arrow Arrow Arrow


Guéno : L’Eternel

* Bouytôring est
l’un des plus connus des grands ancêtres peuls. Il a surtout été vulgarisé
par la tradition peule du Djêri, au Ferlo sénégalais (région de Linguére). Il est souvent présenté comme fils de Kîkala, le premier homme.

Mergi : poésie de rythme rapide
Fulfulde naw’nde : prose
Revenir en haut Aller en bas
julie
.:::|| ami ||:::.
.:::|| ami ||:::.
avatar

Nombre de messages : 6903
Age : 55
Date d'inscription : 19/12/2006

MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   Mer 25 Juil 2007 - 15:14

Au pays de Heli et Yoyo

Le paradis perdu

L’histoire se passe dans la Wâlo, au pays mythique de Heli et Yoyo où l’on ignorait ce qu’était passer une nuit sans souper. En ce pays, rien ne manquait : fortune, bétail ou céréales, tout s’y trouvait en abondance.
On n’y connaissait aucun soucI. La mort y était rare, la progéniture nombreuse, la maladie inconnue.
Tout le monde était en bonne santé. Même les vieillards à la tête chenue conservaient leur vigueur ; ils ignoraient la fièvre, la toux et la décrépitude.
Le cheptel lui aussi ignorait la maladie.
Point de diarrhées épuisantes, point de maux de poumon, point de mouches
piquantes. Dans les champs, les acridiens ne dévastaient point les récoltes.
En ce pays béni où la mort était rare et les
« connaisseurs » nombreux, la pauvreté était chose inconnue. Celui
qui ne possédait que deux troupeaux inspirait la pitié, on le disait miséreux.
A Heli et Yoyo, seules les sauterelles venaient glaner les champs après la
récolte.


Tel était le pays où les Peuls vivaient
riches et heureux !
A l’horizon se profilaient des crêtes de montagne dont les courbes s’enchaînaient et se chevauchaient harmonieusement. Les vallées inondables regorgeaient de grandes mares poissonneuses couvertes de
n’nuphars aux fleurs épanouies, aux graines aussi nombreuses que des grains de mil et aux baies succulentes, si douces qu’elles n’écorchaient point les gencives.
Dans la haute brousse, les biches gracieuses et les grands buffles majestueux vivaient en aix car on n’y connaissait point de fauves et les cités n’abritaient point de chasseurs.
Le pays était tant aimé de Guéno que si la lune, boudeuse, abandonnait son logis, disant « je ne reviendrai pas « , des étoiles brillantes apparaissaient, trouant le ciel à la façon d’un couscoussier, afin d’illuminer l’espace et les logis des hommes.
Dans le Wâlo, les puissants fromagers côtoyaient les larges baobabs, comme pour regarder ensembles les grands caïlcédrats étendre leurs branches volumineuses dont on tirait un bois d’œuvre précieux.
Les plaines fertiles y étaient aussi vastes que l’espace céleste.
On ne pouvait dénombrer les rivières et les cours d’eau qui arrosaient la terre en ondulant.
Ici, des bancs de sable dévalaient jusqu’au fleuve comme pour s’y nettoyer.
Là, des collines boisées, peuplées de myriades d’oiseaux, venaient plonger leurs pieds dans les eaux, comme pour se laver les jambes jusqu’aux genoux.
Leurs doux vallonnements épousaient les méandres des rivières, semblant accompagner les vagues jusqu’à leur domicile nuptial.
La nature ayant horreur de l’uniformité, parfois des barrages de pierre paraissaient vouloir empêcher les cours d’eau de poursuivre leur chemin vers leur destination finale : le grand lac salé.
Mais l’eau, cet élément-mère sans âme, est l’incarnation même de la patience et de la force. Quand un obstacle lui barre le chemin, elle s’élève d’abord sans se presser jusqu’à le recouvrir ; puis elle bondit, dispersant un nuage de gouttelettes au point de faire croire à la venue d’une gatamare, la première tornade de l’année. Une partie de ce nuage d’eau s’évapore en fumée, mais une fumée qui ne bouche pas les narines et n’empêche point de respirer ; le reste se rassemble en contrebas, formant à nouveau une belle bande blanche qui reprend sa route et roule vers son but, grignotant ses berges et excavant son lit pour augmenter son envergure.
Aux abords des cours d’eau, la fumée d’eau adoucissait si bien l’atmosphère que quiconque s’en approchait sentait son corps se rafraîchir et éprouvait, le moment venu, une irrésistible envie de dormir, à en piquer le nez !
Bref, le pays était si agréable que l’étranger qui y mettait le pied en oubliait de retourner chez lui !
Les griots de Heli et Yoyo ont chanté en long et en large ce merveilleux pays. Ils l’ont appelé le « pays septénaire », car sept grands fleuves y serpentaient à travers sept hautes montagnes tandis que l’on comptait sept grandes plaines sablonneuses dont les belles dunes dévalaient comme des vagues pétrifiées.
Outre l’amandier, les arbres fruitiers qui peuplaient la brousse présentaient sept espèces dominantes : l’acacia à fruit comestible, les palmier-dattier dont les grappes serrées fournissaient un fruit plus doux que le meilleur des miels ; le jujubier dont un seul fruit pouvait emplir la bouche la plus démesurée ; le tamarinier dont le fruit soigne toutes les maladies imaginables ; le rônier dont un seul fruit pouvait rassasier un éléphant. Quant au figuier, tenter de décrire ses fruits serait minimiser leur valeur. Enfin, oui, oui ! au pays de Heli et Yoyo chaque arbre de karité donnait assez de beurre pour nourrir tout un quartier de village pendant un an ! Ces sept arbres bénis produisaient à foison des fruits que l’on pouvait cueillir tout au long de l’année.
En ce pays, le beurre n’était pas rare ; on le tirait non seulement du karité mais aussi de l’arbre m’pegou, sans parler du beurre crémeux fourni par les vaches opulentes. L’arachide des plaines et les sardines des fleuves fournissaient toute l’huile nécessaire.
Quant au miel à la saveur délicieuse, il était si abondant qu’il ne se vendait
pas.
Dans les lougans de famille ou les petits lougans individuels, on récoltait des citrouilles et du maïs, de grosses courges, des pastèques douces et des haricots à gros grains délicieux.
Citrouilles et haricots rampaient et se chevauchaient les uns les autres si généreusement qu’ils en venaient à recouvrir en toutes saisons les toits de chaume, au point d’empêcher la fumée de les traverser pour se répandre dans l’atmosphère.
Dans chaque cité, dans chaque petit village se faisaient écho les cris des poules-mâles. Les aboiements des chiens y étaient aussi mélodieux que des sons de trompettes, le braiment des ânes n’y offensait point le tympan. Les bœufs mugissaient comme pour attirer l’attention sur leur beauté et leur corpulence. Quant aux bêlements des boucs sollicitant leur femelle, on aurait dit un concert de belles voix humaines.
Oui, c’était le pays où, pour réveiller les habitants, le braiment harmonieux des ânes répondait à l’appel agréable des coqs tandis que résonnaient les cris des oiseaux nocturnes retournant dans leur nid.
A Heli et Yoyo, point de chauve-souris aveuglée par la lumière naissant du jour, allant tout étourdie s’accrocher dans les épines !
Les termites de Heli et Yoyo grignotaient les tiges des céréales, non leurs
épis : ils ne rongeaient pas les affaires des hommes.
En un mot, rien, dans ce pays, ne pouvait causer de mal. Ni venin de scorpion ni venin de serpent n’y tuèrent jaais, pas même n’y provoquèrent la moindre enflure.
Le ciel du pays de Heli et Yoyo était semblable à la première salive de l’indigo, du bleu le plus tendre.

La brise y était douce,
Le cheval magnifique
Et la fille bien belle.

Le voyageur y découvrait, au fil de ses randonnées, des demeures dont chacune était plus agréable que la précédente.
Guéno y faisait pleuvoir abondamment, mais les pluies n’y gâtaient ni la récolte ni le fourrage qui y poussaient dru.
Les tornades ne provoquaient pas de coups de tonnerre. Jamais la foudre n’y avait gâté quoi que ce soit : elle n’avait pas brûlé l’arbre, encore moins incendié la maison. En ce pays, tout mal était inconnu.

Koulou diam, koulou diam !
Koulou diam, ma Guéno !
Gloire à toi, gloire à toi !
Gloire à toi, Eternel !


Ta grâce était largement répandue sur cette terre qui n’était pas une terre de petite importance !
C’est le prophète Salomon lui-même, dit-on – dont l’épouse Balqis, la Reine de Saba, est considérée comme la tante des Peuls – qui traça les plans de Heli et Yoyo. Les génies qu’il avait asservis y accomplirent maintes merveilles et leur travail, certes, ne fut pas petit.
Oui, c’est dans ce pays paradisiaque qu’habitaient les descendants de Hellêrè, fils de Bouytôring, ancêtres des Peuls et possesseurs de grands troupeaux !
Les silatiguis, qui ont beaucoup observé, étudié et compris, ne sont pas tous d’accord sur le lieu où se trouvait le pays de Heli et Yoyo. D’aucuns l’ont situé à l’est de la mer Rouge, dans le pays de notre Tante Balqis, la Reine de Saba. D’autres affirmèrent qu’il se trouvait à l’ouest de la mer Rouge, entre le pays des Habasi (Ethiopie) et le pays du Pharaon roi de Misra (Egypte).

Ce conte n’a pas pour but d’établir la véracité ou la fausseté de ces paroles. De toute façon, mille et mille personnes diraient-elles que le mensonge est vérité, le mensonge restera le mensonge ! Mille et mille diraient-elles que la vérité est mensonge, la vérité restera la vérité !
Ce conte fut conté pour instruire les Peuls, afin qu’ils n’oublient pas les événements lointains qui ont causé la ruine de leurs ancêtres, leur émigration et leur dispersion à travers les contrées ; afin qu’ils connaissent leur pays d’origine en ce monde, même s’ils ne peuvent le situer dans l’espace ; afin qu’ils sachent pourquoi on les a repoussés, pouquoi ils errent en tous lieux et sont devenus de perpétuels campants-décampeurs, des honnis que l’on installe en bordure des villages, mais des honnis qui ont vite fait de frapper de leurs lances ceux qui les dédaignent, de réduire en esclavage ceux qui les offensent et de stupéfier les princes qui les méprisent.
Quant on réduit un Peul en esclavage, il accepte et sait patienter jusqu’au jour où il est sûr de prendre sa revanche.
Les Peuls n’acceptent pas d’être importunés.
Si on les malmène, ils commencent par brûler leur case de paille, pour bien
montrer qu’ils n’ont rien à perdre, puis ils incendient celle de leur ennemi.
Ils blessent, ils tuent, puis ils quittent le pays avec leur troupeau car rien
ne les retient nulle part.
Plus vagabonds que le cyclone, ils vengent leurs torts sans faire de bruit. Ils aiment l’honneur et la considération parfois plus que leur vie. Celui qui touche à un Peul, que ce soit pour la paix, sinon il trouvera son compte !
Les Peuls n’ont point de houe. C’est avec les sabots de leurs chevaux qu’ls creusent les poquets dans la terre.
Le bâton des Peuls est plus meurtrier qu’un fusil.
Ce qui déclenche leur colère, c’est de toucher à leur troupeau qui est leur richesse, où à la parure de leurs femmes, qui est leur honneur. A celui qui s’en approche, ils feront mordre la terre.

Arrow Arrow Arrow Arrow
Revenir en haut Aller en bas
julie
.:::|| ami ||:::.
.:::|| ami ||:::.
avatar

Nombre de messages : 6903
Age : 55
Date d'inscription : 19/12/2006

MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   Mer 25 Juil 2007 - 18:54

Naissance de Njeddo Dewal

Durant un temps si long qu’on ne saurait en dénombrer les jours, les Peuls vécurent heureux au pays de Heli et Yoyo. Mais à la longue, ils se rassassièrent tant de ce bonheur qu’ils en devinrent orgueilleux et se perdirent eux-mêmes. Ils en vinrent à se conduire de très mauvaise manière. Certains ne respectaient plus rien, au point de se torcher
avec des épis de céréales.
Des femmes s’égayaient avec des animaux mâles. D’autres, délaissant l’eau, se baignaient dans du lait. Elles s’en servaient même pour laver leur linge et faire la toilette de leurs enfants, laver leurs moutons de case ou les étalons à robe blanche de leur époux !
N’allèrent-elles pas jusqu’à utiliser de la farine de riz délayée pour badigeonner leurs maisons ? Parfois, l’envie les prenant, elles sortaient nues dans la rue, balançant leur croupe pour bien montrer leurs avantages.
Des hommes les imitèrent et se mirent tout nus. Ils rencontraient les femmes dans la brousse pour s’y comporter comme des bêtes. Peu à peu hommes et femmes refusèrent le mariage et s’en firent une gloire. Etre célibataire devint un état normal.
Ainsi vécurent le plus grand nombre des Peuls, sans qu’aucun avertisseur vînt les mettre en garde.
Quand cet état de choses eut duré trop lontemps, Guéno se fâcha. Ayant décidé que le malheur recouvrirait les Peuls pervers, il entreprit de créer l’être qui serait l’agent de ce malheur.


Guéno prit un chat noir,
Si noir qu’il en noircit le charbon
Et la nuit la plus sombre !
Il prit un bouc puant au pelage de jais,
Puis un oiseau d’un noir profond.
Il les brûla au moyen d’un rayon vert,
Mit leurs cendres dans une outre jaune,
Les pétrit dans une eau incolore.
Il plaça le mélange dans une carapace de tortue,
Une grosse tortue des mers profondes,
Puis il transforma le tout et en fit un œuf.
Il donna l’œuf à couver à un caïman à la peau dure,
Un vieux caïman chargé d’années innombrables.

Le caïman couva.
Guéno fit éclore l’œuf.
Un être en sortit.
Cet être, à la forme vaguement humaine,
Etait doté de sept oreilles et de trois yeux.
C’était une fille.

Tout ce qui est venimeux et méchant,
Tout ce qui vit dans les forêts
Ou dans la haute brousse,
Qui séjourne dans les vallées,
Repose dans les fleuves
Ou se cache au sein de la terre,
Grimpe au sommet des collines
Ou se réfugie dans les cavernes,
Le mal qui réside dans le feu,
Celui qui se cache dans les végétaux,
En un mot tout ce que l’on prie Guéno
D’éloigner de nous,
Tous ces êtres allaitèrent tour à tour
La fille qui venait de naître.
L’enfant grandit et devint une fille courtaude,
Vilaine à voir, aux oreilles mal formées.
Aucune créature de cette terre
N’a jamais vue de telles oreilles !

La fillette monstrueuse reçut le nom de Njeddo
Dewal Inna Baasi, la Grande Mégère septénaire, mère de la calamité.
Elle apprit les sept sons des paroles magiques.
Elle connut toutes les incantations propres à commander aux esprits du mal des quatre éléments et des six points de l’espace.
Capable de prendre toutes les formes, elle se métamorphosait à volonté, plongeant les esprits dans le trouble.
Ainsi enveloppée de ténèbres, entourée de tous les mauvais esprits et génies du mal, Njeddo Dewal atteignit l’âge adulte.
Un homme nommé Dandi (piment) fils de Sitti (Salpêtre) la vit et la demanda en mariage. Sa demande fut acceptée. Après leur mariage, les époux partirent habiter Toggal-Balewal, la lugubre forêt noire.
Dandi et Njeddo Dewal engendrèrent sept filles, chacune plus belle qu’un génie femelle.
Un jour, Dandi rencontra Tooké (Venin).
« O mon Dandi, où vas-tu ? » lui demanda Tooké.
Sans autre forme de procès, Dandi se jeta sur lui. Tooké se gonfla alors de venin et s’éleva comme une haute berge. Puis il se saisit de Dandi et lui serra le cou jusqu’à ce que son corps devînt complètement froid.
Près de là, des crapauds à l’arrière-train affaissé et au ventre de femme enceinte avaient assisté à la scène. A leur tour ils se jetèrent sur Tooké, le tuèrent et l’avalèrent sans en rien laisser.
Des serpents,sortis on ne savait d’où, se précipitèrent sur les crapauds et n’en firent qu’une bouchée ; puis ils s’empressèrent d’aller se cacher
dans des trous.
Alors des scorpions noirs, gros comme de petites tortues, attaquèrent à leur tour les serpents. Ils en triomphèrent et les avalèrent tout comme les serpents avaient avalé les crapauds !
D’où venaient ces scorpions ?
Silence ! … Je vais le dire pour que des bouches puissent le rapporter à des oreilles.
Ces scorpions sont plus vieux que Kîkala lui-même, l’ancêtre du genre humain.
Ils sont plus vieux que les éléphants,
Plus anciens que les plus vieux vautours,
Plus vieux que les baobabs,
Plus vieux même que certaines montagnes.

Au jour lointain où les premières gouttes de pluie tombèrent sur la terre, les scorpions étaient déjà là et ils s’y sont lavés. Après quoi ils s’enfoncèrent dans des excavations et attendirent que ce qui devait advenir advînt, et les trouvât là !

Le début des malheurs

la suite elle se trouve là !!!!




Revenir en haut Aller en bas
civix
sénégalais tiggi à 100%
sénégalais tiggi à 100%
avatar

Nombre de messages : 553
Age : 27
Date d'inscription : 15/06/2007

MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   Ven 27 Juil 2007 - 1:53

je trouverai du temps pour lire tout çàMad Mad Mad Mad Mad Mad Mad
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Contes initiatiques peuls   

Revenir en haut Aller en bas
 
Contes initiatiques peuls
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» COMMANDER LA BD des CONTES NORMANDS
» Contes normands en BD
» Octave Maillot "Contes Normands".
» Les contes d'un moine normand
» St-Romain - Briard et Hoisey : Les contes à ma tante

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
.:::|| AU FOND DU SENEGAL ||:::. :: .:::|| CONCEPT ETUDES ||:::. :: .:::|| LETTRES ||:::. :: concept lettres françaises-
Sauter vers: