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 Le Sénégal est bien armé pour émerger

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julie
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MessageSujet: Le Sénégal est bien armé pour émerger   Dim 4 Avr 2010 - 22:21

04-04-2010

Pour l’économiste Moubarak Lô, des mauvais choix de politique économique ont plombé son décollage, mais le Sénégal est bien armé pour devenir émergent.

Les Afriques : Au plan économique, où en est le Sénégal, 50 ans après son indépendance ?

Moubarak Lô : Le Sénégal, malgré quelques progrès, demeure, 50 ans après les indépendances, un pays relativement pauvre si l’on considère son revenu national par tête, qui est en dessous de 1000 dollars. En fait, le pays a connu deux grandes phases dans son évolution historique. De 1960 à 1994, la croissance économique a été très faible, représentant, en moyenne, moins que le taux d’évolution démographique. Ce qui fait que le pays, au lieu de s’enrichir, s’est plutôt appauvri. Mais, depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, on note une certaine reprise de la croissance économique, permettant d’obtenir des gains de l’ordre de 1,5% en moyenne concernant le revenu par tête, insuffisants, malgré tout, pour atteindre les objectifs du Millénaire de réduction de la pauvreté à l’horizon de l’année 2015.



LA : Qu’est-ce qui explique ces faibles performances, comparées à la Tunisie, au Maroc ou à la Corée ?

ML : Plusieurs facteurs y ont contribué. D’abord, les conditions initiales. Les études empiriques montrent que les pays croissent, économiquement parlant, à la mesure de leurs niveaux de départ concernant la propension à épargner, les capacités humaines et les infrastructures. Ceci fait que la Corée, qui avait un niveau de PIB par tête inférieur à celui du Sénégal en 1960, l’a largement dépassé depuis lors.

« On peut considérer que l’alternance politique a constitué une chance pour le pays, dans le sens qu’elle a permis aux différents camps politiques de s’exercer à la gestion du pouvoir. »

Mais ceci n’explique pas tout et loin s’en faut. La qualité de la politique économique constitue l’élément clé qui détermine les performances contrastées de la Corée, de la Tunisie et du Maroc. En d’autres termes, les pays qui sont en mesure de mettre en place les bonnes options, de diversifier leurs bases économiques et de s’adapter aux exigences de l’économie mondiale ont pu accélérer leur croissance. Les autres, comme le Sénégal, qui n’ont pas su bâtir une base compétitive, ont perdu dans l’ouverture des échanges mondiaux, en assistant, presque impuissants, à la déstructuration de leur tissu productif. Le Sénégal, qui était un pays phare en Afrique de l’Ouest francophone, a ainsi beaucoup perdu de sa base industrielle, sous l’effet d’une mauvaise politique industrielle marquée par une libéralisation appliquée de manière précipitée et sans mesures d’accompagnement. Tout le contraire de la Tunisie, qui a mené de main de maître sa politique d’ouverture aux échanges. L’agriculture, qui pesait beaucoup dans le produit intérieur brut, dans les premières années de l’indépendance, a également beaucoup souffert de la fin des programmes agricoles décidés au début des années 1980, dans le cadre des politiques de stabilisation et d’ajustement structurel. L’essentiel des actifs agricoles s’est ainsi reconverti dans l’économie informelle urbaine, gonflant artificiellement le poids du secteur des services.



LA : Les différents chefs de l’exécutif que le pays a connus ont-ils imprimé leur marque dans l’évolution économique ou plutôt leurs actions n’ont-elles été que très marginales ?

ML : En fait, il y a une forte corrélation entre la qualité du leadership politique et le niveau des performances économiques. Le premier président, Léopold Sédar Senghor, se définissait comme un partisan du socialisme à l’africaine. Cette option l’a conduit à privilégier la nationalisation de quelques entreprises précédemment privées (comme les huileries), à en créer d’autres, et à promouvoir l’encadrement serré des activités économiques et les subventions au secteur rural. Cette politique a permis de former beaucoup de Sénégalais à la gestion économique et à renforcer la part du capital national dans les activités économiques. Elle a toutefois généré de lourds déficits budgétaires et extérieurs. Ce qui a précipité l’avènement des programmes de stabilisation et d’ajustement structurel et son départ du pouvoir.

Abdou Diouf en a souffert dans les quinze premières années de sa présidence. Sa théorie du « moins d’Etat, mieux d’Etat » en sera le symbole. Et, en tant que socialiste, il a privatisé et dérégulé plus que son successeur Abdoulaye Wade, qui se présente comme un libéral social. Cette innovation dans la politique économique a, comme dans le paradigme schumpétérien, d’abord entrainé une destruction du tissu économique, avant une lente et difficile reconstruction, entamée depuis 1995 avec la mise en place des programmes sectoriels et la promotion active des investissements et des exportations. Le résultat en a été des performances largement améliorées au cours de son dernier septennat (1993-2000), mais le peuple a estimé que cette éclaircie était venue trop tard et a lourdement sanctionné le régime socialiste, en mars 2000.

Le troisième président de la République, Abdoulaye Wade, a bénéficié des deux décennies de réformes de son prédécesseur, marquées par des échecs, puis par quelques succès. Il a, dans l’ensemble, maintenu les options politiques, notamment au niveau des programmes sectoriels qui continuent à s’exécuter dans la même ligne définie avant l’alternance politique. Adepte du libéralisme, il a multiplié les initiatives en direction du secteur privé international, en s’appuyant sur la nouvelle Agence de promotion des investissements et des grands travaux (APIX), créée en 2000, dont le projet était déjà ficelé par l’ancien régime socialiste, et a lancé plusieurs projets de grands travaux d’infrastructures, notamment dans la région de Dakar. Cette option offensive a généré un certain intérêt de la part des multinationales, mais force est de constater que les fruits ne sont pas encore à la mesure des attentes. En dépit de ses innombrables efforts, le Sénégal a toujours de la peine à attirer les investisseurs dans la manufacture, domaine clé pour faire partie demain des pays dits émergents. Les investisseurs ayant toujours une perception mitigée de la qualité de l’environnement global des affaires, notamment à cause de l’importance supposée de la corruption. En outre, le président Wade, même s’il a démontré à maintes reprises qu’il savait et qu’il voulait faire confiance aux hommes d’affaires sénégalais, a encore du mal à dialoguer avec le secteur privé local et à le mobiliser dans le développement des PME-PMI et des grandes entreprises nationales. Dans le domaine agricole, sa Grande offensive pour la nourriture et l’abondance (GOANA), lancée en 2008, peut donner des résultats assez intéressants dans le futur, si elle s’inscrit dans la durée.



LA : En considérant à la fois ses atouts et le leadership exercé par l’actuel pouvoir, mais aussi par les alternatives probables, quelles sont les chances du Sénégal de faire partie des pays émergents ?

ML : Le Sénégal fait partie des pays africains qui ont le plus d’atouts pour figurer dans la classe des prochains pays émergents. D’abord, on peut considérer que l’alternance politique a constitué une chance pour le pays, dans le sens qu’elle a permis aux différents camps politiques de s’exercer à la gestion du pouvoir. Aujourd’hui, l’essentiel des forces politiques partagent globalement la même vision pour ce qui concerne le rôle stratègique que l’Etat doit jouer dans l’économie et pour ce qui relève des options de promotion des investissements et des exportations. La nuance se trouve plus dans le pilotage opérationnel de la politique économique, qui serait sans doute plus organisé dans le cadre d’un régime socialiste que de l’actuel régime d’Abdoulaye Wade. Ce dernier affirmant partout qu’il ne croit guère à la planification du développement et se définissant comme un « informel » et un adepte du volontarisme.



LA : Sur quoi le Sénégal peut-il bâtir sa prospérité ?

ML : L’atout le plus important du Sénégal est son potentiel humain, qui devient déterminant dans le nouvel environnement de la mondialisation, où le savoir et le savoir-faire sont des facteurs décisifs de compétitivité. S’il réussit à améliorer sa compétitivité globale, le Sénégal peut attirer de nouveaux investisseurs dans son secteur agricole et s’insérer, avec facilité, dans les réseaux mondiaux de sous-traitance, dans la manufacture industrielle et dans les services à haute valeur ajoutée. Son destin réside donc essentiellement entre ses mains.



Propos recueillis par Hance Guèye
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