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 VISAGE - NDARY LO, SCULPTEUR : Le chroniqueur engagé

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Baghera
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MessageSujet: VISAGE - NDARY LO, SCULPTEUR : Le chroniqueur engagé   Sam 6 Sep 2008 - 22:13

VISAGE - NDARY LO, SCULPTEUR : Le chroniqueur engagé d’une société en devenir


Venant de Dakar ce matin-là nous arrivons à la sortie de Mbao, à quelques kilomètres de la ville de Rufisque. Une rue s’engage à gauche à partir de la Nationale et traverse le chemin de fer quelques mètres plus loin. Rendez-vous avec l’artiste plasticien Ndary Lô, jeune sculpteur sénégalais les trés en vue sur le plateau africain et international.

Nous sommes à l’heure pour l’entretien avec le sculpteur Ndary Lô, dans sa maison à Mbao . Devant un imposant bâtiment peint en blanc et son portail noir, Ndary Lô est coiffé d’un béret noir cachant une chevelure touffue, des mèches de cheveux dans le style rasta ou Baye Fall sénégalais. Le visage émacié aux pommettes saillantes avec une petite barbe en pointe est adouci par une paire de lunettes à monture en fer qui lui donnent un air d’éternel étudiant.

Un simple tee-shirt de couleur mauve sur un Jean noir et des chaussures de sport à lacets, genre « basket », c’est dans cette tenue relaxe qu’il nous accueille dans un espace de la grande salle de séjour de sa maison en phase de finition. Un parler franc et direct, Ndary Lô ne veut pas négocier son rapport avec les gens qui l’entourent ou qu’il côtoie. Il pense qu’une relation doit avant tout être sincère, pour autant l’artiste garde à bien des égards, cette chaleur bien singulière aux artistes, souvent idéalistes et humanistes en puissance.

La petite cour au bas de son immeuble est peuplée de vie, sculptures en bois et en fer, personnages déambulant, étonnants de présence. C’est l’univers de l’un des sculpteurs qui a le plus marqué les vingt dernières années du monde de l’art contemporain sénégalais.

A côté, posés à même le sol où leurs racines semblent s’enfoncer, quelques arbres stylisés dressent vers le ciel leurs branches décharnées, ce sont des pièces de « la grande muraille verte », la dernière œuvre de Ndary Lô primée à la Biennale des arts plastiques africains « Dak’art 2008 » (Ndlr : ce prix a été partagé avec Mansour Ciss « Kanakassy », un sculpteur sénégalais résidant à Berlin).

L’artiste nous invite dans la maison. Il veut en faire à la fois un pied à terre, un atelier de travail, mais aussi un espace d’exposition et d’accueil pour les arts et la culture. Au fond de salle encore presque dégarnie en meuble, l’artiste travaille sur une étude sur le thème de « l’émigration clandestine » en vue d’une exposition programmée dans les îles Canaries avec le critique d’art belge Joël Busca. A l’étage, entassées dans deux ou trois pièces les tableaux de peinture, portraits de figures connues du monde contemporain et du Sénégal attendent sagement. Ce sont des éléments de la grande installation « Rosa Park » du nom de l’héroïne de la lutte pour les droits civils des africains-américains.

Cette installation retenue et exposée à la Biennale de Dakar en 2006 sera l’attraction en février 2009, en France, à la Fondation Blachère. Sa silhouette élancée de sahélien semble avoir inspiré Ndary Lô pour la création de ses personnages maintenant connus Outre-Atlantique et de plus en plus à travers les continents.

Dans le N° 79 de la Revue Ethiopique (littérature, philosophie et art) paru en 2007, l’universitaire et critique d’art Eliane Burnet définit Ndary Lô comme « un artiste qui exhibe les passages de la vie ...Ndary Lô se concentre sur ces instants où un homme quitte un endroit et une posture pour aller vers un autre état, car toute la vie humaine est faite de ces passages qui la transforment de minute en minute ».

Ses doigts durcis et torturés par le fer qu’il manipule sans cesse, coupe et assemble au chalumeau s’agitent dans les grands gestes de ses mains calleuses. Un trait qui le caractérise est sa passion et son ardeur au travail. Au détour de la conversation il cite indifféremment Winston Churchill « The soul’s joy is in doing » (la joie de l’âme est dans l’action) ou son autre idole, le chanteur jamaïcain Bob Marley « Forget your hunger and work » (Oublie ta faim et travaille). Dans sa création l’artiste cherche avant tout à positiver, car pour lui « l’artiste est un membre de la société et il a aussi le devoir de rester collé à l’actualité de sa société, de contribuer à sa façon à son épanouissement ». La célébrité de Ndary Lô vient surtout du travail artistique développé avec sa sculpture « l’homme qui marche ». De modèles en copies, sur diverses variantes, il a abouti à « Gnanal rewmi », œuvre monumentale en hommage au regretté guide spirituel de la ville religieuse de Tivaouane, Serigne Abdoul Aziz Dabakh qui venait de s’endormir du sommeil des justes. « Gnanal rewmi » (littéralement en langue ouolof « prière pour le pays ») est saluée par un Grand Prix du président de la République du Sénégal pour les Arts en 1999 à une époque où les passions sont exacerbées sur le plan politique, c’était à la veille des élections de l’an 2000.

Ndary Lô remporte en 2002 le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale des arts plastiques africains contemporains à Dakar avec son installation intitulée « la longue marche du changement ». Cet artiste est l’un des rares à avoir été fait « Chevalier des arts et des Lettres » de la République française en 2002. Il voit souvent son « homme qui marche » évoqué dans des comparaisons avec « l’homme qui marche » du sculpteur français Auguste Rodin (1840-1917)ou encore celui de l’italien Alberto Giacometti (1901-1966), particulièrement dans leur tentative plus ou moins heureuse de traduire, à travers la sculpture, la position de l’homme en mouvement .

les grandes lignes de son enfance


Ce sculpteur, peintre et installationniste sénégalais est souvent invité à la prestigieuse galerie du Musée Dapper à Paris où il présente en 2002 « l’art en marche », mais aussi de plus en plus à travers le monde . Il était avec « Les Attaches célestes », série de sculptures et installation à la Galerie le Manège de Dakar en 2006. Régulièrement sélectionné dans les rendez-vous de la Biennale de Dakar en 2000, 2002, 2006. Ce jeune homme né en 1961 est un grand « dévoreur » de livres, en particulier sur la sociologie et la philosophie, Ndary Lô fait du travail un principe de vie et de la recherche de la connaissance une façon de la magnifier (la vie). Quand il raconte les grandes lignes de son enfance à Tivaouane, dans la maison de ses grands-parents de conditions modestes, son souvenir va rôder autour de l’atelier du forgeron du coin. Lorsqu’il avait disparu, ses grands-parents le retrouvaient souvent sous l’emprise et la fascination du foyer rougeâtre où les morceaux de fer se ramollissaient avant d’être battus, modelés et transformés en outils et ustensiles promis à une vie nouvelle.

« C’est sans doute de là que vient cette attirance pour le travail du fer, c’est comme une réminiscence du passé, de mon enfance », avance-t-il un peu dubitatif. Il rejoint plus tard la ville de Rufisque où son père imprimeur est installé, il a deux femmes et une progéniture nombreuse.

Après son bac au lycée Abdoulaye Sadji, Ndary Lô fait deux à trois ans à l’université en de fac de Lettres, au département d’anglais.

Ses préoccupations pour l’art et son aptitude au dessin le mènent vers l’école des beaux-arts de Dakar qu’il fréquente de 1988 à 1992 et obtient son diplôme. Il s’engage rapidement dans une activité professionnelle ce qui lui permet de gagner de l’argent et d’aider ses parents, surtout son père très malade à l’époque. « Dieu merci, il a survécu à la maladie confie Ndary Lô. A une époque Ndary Lô se retire dans les bâtiments désaffectés de l’ancienne usine Bata, une cité alors abandonnée, il est dans une véritable survivance de Sdf et de quasi-ermite dans des conditions dérisoires et pénibles. Un ami, le peintre Fodé Camara l’a beaucoup aidé à ce moment, l’encourageant à aller plus loin dans le travail artistique et à faire éclore le talent qui sommeillait en lui pour entrer dans l’art contemporain.

Doté d’une conscience très lucide, Ndary Lô est l’un des premiers artistes à produire une œuvre sur le thème de la « Paix en Casamance », pour sensibiliser sur la nécessité d’arrêter le drame qui secoue le Sud du pays.

Marié depuis 6 ans et père de trois enfants, cet artiste pense qu’il est engagé à sa façon , « je ne suis pas un dénonciateur, mais quelqu’un qui veut « magnifier ce qui est bien », soutient-il . C’est ainsi qu’il fait sien cette citation de J. F. Kennedy : Ne vois pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais ce que toi tu peux faire pour lui.
Par Jean PIRES- Le Soleil
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